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Le risque invisible dans vos jurys d’examen

Vous êtes responsable pédagogique d’une école supérieure et vous organisez les jurys d’examen.
Vous découvrez en commission que deux étudiants, avec des livrables comparables, ont 14 dans un jury et 9 dans un autre.

Vous demandez les éléments d’explication. Les grilles sont remplies. Les commentaires existent. Mais rien ne permet de comprendre précisément l’écart.

Personne n’a “mal fait”.

Simplement, les critères n’ont pas été interprétés de la même manière. Les attentes n’ont pas été formulées avec le même niveau d’exigence. Les preuves mobilisées ne sont pas de même nature.

Ce type de situation ne provoque pas de crise immédiate. Il s’installe.
C’est là que commence le risque invisible.

Une variabilité des jurys qui ne se voit pas… jusqu’au jour où elle compte

Les recherches en sciences de l’évaluation montrent depuis longtemps que la variabilité entre examinateurs peut représenter une part significative de l’écart des notes. Lorsque les jurys ne sont ni formés ni harmonisés, la fiabilité des décisions peut rester autour de 0,70. Autrement dit, une partie non négligeable du résultat dépend de la personne qui évalue.

Dans la vie d’une école, cela se traduit par des micro-écarts répétés :

  • des critères interprétés différemment d’un jury à l’autre ;
  • des grilles renseignées a posteriori pour formaliser une impression déjà construite ;
  • des oraux qui dérivent vers la culture générale ou l’affinité ;
  • des délibérations où l’argumentation repose davantage sur une perception globale que sur des preuves explicites.

Pris isolément, chaque écart semble acceptable.
Accumulation faite, ils fragilisent la cohérence de la certification.

Un risque réglementaire et stratégique

Aujourd’hui, la robustesse d’un processus d’évaluation n’est plus un sujet interne. Elle devient un sujet réglementaire et réputationnel.

Dans le cadre d’un enregistrement ou d’un renouvellement RNCP, dans un audit Qualiopi, ou en cas de contestation d’un étudiant, la question posée n’est pas : “Le jury était-il expérimenté ?”
La question est : “La décision est-elle méthodologiquement défendable et traçable ?”

En cas de recours, la responsabilité ne s’arrête pas au jury.
C’est la direction pédagogique qui doit produire les éléments démontrant la cohérence des décisions, la conformité aux référentiels, l’égalité de traitement entre candidats.

Si ces éléments ne sont pas formalisés en amont, ils deviennent impossibles à reconstruire après coup.

Une pression accrue sur la qualité des certifications

La valeur d’un diplôme repose sur la confiance.
Confiance des étudiants, des entreprises, des certificateurs, des partenaires.

Lorsque les modalités d’évaluation manquent d’harmonisation :

  • la comparabilité entre promotions devient incertaine ;
  • la démonstration de l’acquisition effective des compétences devient fragile ;
  • la réputation de l’école peut être entamée par des décisions perçues comme incohérentes.

L’émergence de l’IA renforce encore cet enjeu. Les productions écrites sont plus difficiles à attribuer et à interpréter. L’oral et l’analyse des preuves deviennent centraux. Si les jurys ne sont pas outillés pour conduire ces évaluations avec méthode, la solidité du dispositif s’érode.

Un coût organisationnel de jurys souvent sous-estimé

Un jury non professionnalisé ne génère pas seulement un risque externe.
Il produit un coût interne.

Les délibérations s’allongent.
Les arbitrages remontent à la direction.
Les désaccords entre examinateurs se multiplient.
Les “cas particuliers” deviennent plus fréquents.

La direction pédagogique passe du temps à résoudre des tensions ou à justifier des décisions, au lieu de piloter la cohérence globale du dispositif.

L’expérience individuelle compense un temps.
Mais elle ne remplace pas un cadre partagé.

La responsabilité de la direction pour les jurys fautifs

Former les jurys ne relève pas d’un confort méthodologique.
C’est un acte de gouvernance.

Le jury est juridiquement responsable de la décision.
Mais la direction est responsable du système qui rend cette décision possible.

Professionnaliser un jury signifie :

  • expliciter ce qu’est une preuve de compétence ;
  • transformer un référentiel en critères réellement observables ;
  • harmoniser les niveaux d’exigence ;
  • structurer la délibération autour d’arguments traçables.

Ce travail réduit la variabilité inter-examinateurs, sécurise la certification et protège l’établissement en cas de contestation.

Le fonctionnement actuel peut sembler stable. Les soutenances se tiennent, les décisions sont prises, les diplômes délivrés.

La question n’est pas de savoir si le système fonctionne.
La question est de savoir s’il résisterait à un examen externe approfondi.

C’est là que se situe le risque invisible.

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